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Qu’il serait long le martyrologue de tes victimes, ô montagnes homicides ! Entre les « âpres et franches vertus » reconnues aux montagnards qui prennent parfois un tour un peu vif ; et les inondations, éboulements ou autres caprices de la nature, c’est toujours un drame cruel pour le peuple montagnard.

Dans les vallées où n’existent ni règlement communautaire, ni organisation familiale, les meilleures herbes étaient âprement disputées entre pâtres. La cabane ou l’orry était attribué au premier occupant. Le maire de Siguer estimait en 1870 que certains pâtres sacrifiaient leur santé et leur vie dans les neiges. L’occupant creusait un puits dans la neige pour accéder à la cabane. On s’y relayait tant bien que mal, jusqu’au jour où les bêtes, enfin arrivaient.

Les drames, en ces rudes montagnes, étaient fréquents. Les bergers, pourtant habitués à tous leurs pièges, succombaient « ayant glissé sur la roche mouillée ou trop lisse, ou encore sur le mauvais jispet, alors qu’ils allaient ou revenaient chercher les bêtes égarées.

Et la presse du temps rapporte de simples « faits divers » qui constituent autant de drames, touchant des vies.

Dans une conférence, Julien Dumas, député de l’Ariège dépeignit la rude existence des montagnards, et opposa aux charmes que le paysage offre aux touristes en été, les difficultés de vivre « dans la terre inflexible et le ciel glacé de la mauvaise saison ».

Le dimanche 5 juillet 1903, cent mètres cubes de roches se détachent du pic de Nioles à Orlu, et dévalent sur le chemin au moment où passe le troupeau commun de bêtes à laine allant pacager sur la montagne de Naguilles. Trente deux bêtes sont écrasées. Heureusement, les bergers qui marchaient à l’arrière du troupeau furent préservés.

En octobre, on ne retrouve que la capette et le bâton de Bertrand Thomas, pâtre au hameau d’Artiès, à Auzat, âgé de trente quatre ans. Il s’est noyé en tentant de sauver un agneau tombé à l’eau.

Le 2 juillet 1905, une trombe d’eau s’abat sur Lapège qui, ironie du sort, avait été incendié l’an précédent. Pendant dix minutes, alors que les habitants étaient aux champs, vers six heures du soir, l’eau du ciel détruit tout ; d’énormes quartiers de rocs, des amoncellements de terre s’écroulent, transportés jusqu’à Junac.

Et, si elles n’ont pas fait de victimes, les crues du Sabenech des 2 août 1887 et 2 octobre 1897 à Siguer ont occasionné beaucoup de dégâts dans la vallée.

Nous en oublions, bien sûr, mais gardons en mémoire ces quelques exemples de la rudesse des temps en Ariège, fin du XIX° siècle, début du XX° siècle.

(D’après l’ouvrage de Pierre SALIES : « Quand l’Ariège changea de siècle »)